Annexe au Dimanche en famille du 17.05.2020, Récit de Jonas

Quelques conseils pour aller plus loin dans l’exploration d’un texte biblique en trois étapes :

Prenez de ces conseils basiques ce qui vous rejoint ; ils sont valables pour n’importe quel passage biblique, même s’ils sont ici adaptés au texte du jour.  Ces trois points peuvent se résumer simplement, comme un menu avec entrée – plat – dessert… à la différence que vous pouvez vous permettre de les découvrir aussi dans un autre ordre que celui que je vous suggère :

  1. Lire l’introduction
  2. Lire le texte biblique et l’observer attentivement
  3. Prier

Bonne découverte !

 

  1. Lire les introductions aux livres de la Bible dans une Bible d’étude.

C’est un investissement qui peut s’avérer utile, acheter une Bible d’études, une édition faite pour apporter aux lecteurs beaucoup de renseignements sur le contexte, la culture, le vocabulaire, la géographie, etc. En français, il en existe plusieurs et celle que je peux vous conseiller ici, est celle de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB). Issue d’un travail de collaboration entre protestants et catholiques, elle a été révisée et rééditée en 2012.

Avant chaque livre biblique, une introduction analyse le contenu, le genre littéraire, l’époque et ouvre à des perspectives théologiques. Ci-dessous, voici donc cette introduction au livre de Jonas ; au fil de ce texte, des références bibliques sont citées, prenez donc votre Bible et découvrez-les au fur et à mesure du développement.

TOB, p. 991-992

Introduction à Jonas

Composition

Inséré dans les livres prophétiques, le livre de Jonas ne se présente pas, à première vue, comme eux. Au lieu d’être une série d’oracles, il est bâti comme un récit suivi, composé de trois scènes et où le prophète semble tenir une place de second plan. Les deux premières le présentent taciturne et solitaire après qu’une parole de Dieu lui a été adressée. Pendant ce temps, au contraire, ses interlocuteurs, marins d’abord, Ninivites ensuite, s’affairent et se montrent les plus religieux des hommes, invitant ainsi le lecteur du livre à se reconnaître en eux et à les imiter. Dans la troisième scène, Jonas est seul face à Dieu. C’est là qu’est le sommet du livre : la prière la plus importante du prophète et la révélation la plus grande de Dieu sur son ministère. Dans cet ensemble, un auteur inspiré a, postérieurement et de manière tout à fait adaptée à la situation, inséré le psaume du ch. 2, qui augmente la portée religieuse et prophétique du livre.

But

Que déduire de cela ? Deux enseignements. Tout d’abord, que ce livre a en vue de montrer ce qu’est l’expérience intérieure de tout prophète. Il est un homme convaincu, d’abord et avant tout, de la volonté de Dieu de sauver les hommes (4,2). Mais il doit habituellement, dans son ministère, commencer par prononcer des paroles qui dénoncent le mal, ce qui, le faisant aller à contre-courant de ses contemporains, est terriblement éprouvant pour lui et l’isole. Pourtant, même quand il se sent écrasé par la charge de son message et que, craintif, il n’ose parler aux hommes (1,1-16) ou le fait en n’étant qu’un prédicateur résigné (3,1-10), la parole peut être efficace malgré lui, comme le montrent marins, mer, vent, poisson, Ninivites, animaux, plantes. Par sa simple présence, puisqu’il ne peut s’en débarrasser, cette parole remue tout le monde, animaux et nature compris.

Le deuxième enseignement est donné par le contenu de la parole que Dieu demande de proclamer et par la qualité de ses destinataires. Le Dieu qui s’est révélé pour Israël Dieu bienveillant… (Ex 34,6-7), c’est-à-dire bon et sauveur, déclare qu’il l’est aussi pour les Ninivites, ces étrangers dont la ville et le nombre sont décrits avec des chiffres ronds à valeur symbolique (trois jours : Jon 3,3 ; 120 000 habitants : Jon 4,11) pour signifier la portée universelle de la révélation.

Genre et date

Ce récit est accroché à l’existence d’un personnage historique (2 R 14,25) pour montrer qu’il s’agit de l’expérience réelle des prophètes. Mais il est développé comme une histoire merveilleuse, pleine d’images en vue d’une meilleure assimilation pédagogique, un peu à la manière d’une parabole.

Tout fait penser qu’il s’agit d’une oeuvre postexilique. Le langage et le style sont manifestement postérieurs à l’époque classique de la langue hébraïque. De plus, la manière de réfléchir sur le ministère prophétique suppose du recul par rapport à l’exercice de celui-ci, tel que l’a vécu notamment Jérémie (voir Jon 3,10 et Jr 18,7-8 ; Jon 4,3.8-9 et Jr 20,14-18). En outre, le message reflète un universalisme plus large que celui, par exemple, du deutéro-Esaïe au retour d’Exil. L’humour un peu grinçant du récit fait penser qu’il pourrait s’agir d’une sorte de pamphlet adressé au courant judaïque, trop replié sur lui-même, de l’époque d’Esdras. Enfin, le genre imagé rappelle le style des sages qui, peu après, écrivent Tobit, Esther, Daniel, plus que celui des historiens d’avant l’Exil.

Jonas dans l’Evangile

Jésus parle de Jonas et interprète ainsi lui-même le récit. Face aux incrédules qui lui demandent des miracles-prodiges, Jésus répond par un refus et renvoie au « signe de Jonas ». Il veut dire que la signification de ses miracles est, d’abord, de réaliser la parole qui les accompagne (Mt 16,4 ; Lc 11,29-30) et qui invite à la conversion. Après la Résurrection, la portée du signe de Jonas a été encore mieux comprise, comme en témoigne le développement propre au premier évangéliste (Mt12,40). Il est possible, également, que l’expression du symbole de la foi, le plus ancien, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures (1 Co 15,4), se réfère à ce signe. Jésus indique enfin que Jonas est signe de la portée universelle de son Evangile (Mt 12,41-42).

Les qualités humoristiques de Jonas n’ont cessé d’inspirer sculpteurs et peintres chrétiens au cours de l’histoire. De nos jours, ce personnage attire toujours autant la sympathie. Mais plus encore que pour son genre savoureux, c’est peut-être son message : ce qu’il dit sur Dieu, son amour universel et bouleversant.

2) Lire le texte biblique, en observant attentivement le texte

Pourquoi ne pas avoir un cahier, qui vous suit dans vos lectures : noter peut aider, en effet, à comprendre et à structure la pensée. Vous pouvez relever ce qui vous questionne, ce qui vous rejoint ou scandalise. Des questions toutes simples commençant par « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi, pour qui, etc. » sont aussi une bonne porte d’entrée pour une observation attentive du texte. Dans votre Bible d’étude, prenez le temps de découvrir les notes de bas de page qui peuvent éclairer aussi un mot ou une difficulté.

Il peut être aussi intéressant de faire un travail d’inter-textualité, dans les marges du texte d’autres références bibliques sont citées, en s’y référant, vous pouvez découvrir des pistes porteuses de sens.

N’hésitez pas à écrire vos questions, et pourquoi pas, à l’occasion, interpeller votre pasteur.e pour avoir un éclairage différent.

Pour ce dimanche, le texte de Jonas ne comporte que quatre chapitres. Lisez-le d’une traite une première fois, puis, à l’aide des conseils ci-dessus, attardez-vous sur son étude.

Quelques questions qui peuvent conduire votre réflexion :

  • que découvre-t-on sur l’amour de Dieu ?
  • comment répondre à un appel ? comment discerner la volonté de Dieu ?
  • comment réagir quand les événements ne se passent pas comme on l’avait imaginé / souhaité ?
  • comment sortirons-nous de notre confinement covidien (ventre du poisson) ?

3) Prier et chercher à mettre en pratique votre lecture

Evidement, le but de toute étude biblique n’est pas juste un « bonus » intellectuel ! On étudie pour vivre de la Parole, et selon la Parole donner du sens à notre vie ; ainsi l’on peut suivre l’impulsion du Ps 119, 105 « Ta Parole est une lampe pour mes pas, une lumière pour mon sentier. »

A chacun sa manière de prier : allumer une bougie peut permettre un rituel qui ouvre à accueillir la présence de Dieu, s’installer confortablement, se focaliser sur sa respiration et faire silence en soi, ou tout autre attitude que vous pouvez trouver facilitante. On peut aussi simplement invoquer l’Esprit en disant, comme l’a dit Samuel : « parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » (1 Sam 3,9). A noter que ceci peut se vivre en 1) !

A la fin du temps d’étude biblique, prendre un temps pour se demander ce qui peut être vécu concrètement pour soi dans sa réalité présente. Parfois l’impulsion ne saute pas aux yeux, parfois il faut du temps de digestion pour que se mette en place une nouvelle manière de voir qui tienne compte de l’injonction découverte. L’essentiel est de rester ouvert et d’avoir la volonté de mettre en pratique ce qui est juste et bon, ce qui est porteur de sens et à l’image de l’amour de Dieu qui nous rejoint dans notre concret.

17 mai 2020 – Rose-May Privet-Tshitenge (avec l’appui d’Hélène Assimacopoulos)